7ème Dimanche ordinaire

Mgr Stanislas Jez

19 févr. 2022

INTRODUCTION
La spécificité du Christianisme c’est, sans nul doute, le pardon des ennemis.
« Un entier pardon est une chose divine que nous n’apprenons que de Dieu » Dieu est un éternel baiser au lépreux (pécheur).

HOMELIE
Chez nous, nous avons une coutume : Après la fête de Noël, les prêtres commencent une visite pastorale. Ils passent de maison en maison pour prier avec les familles et les paroissiens, pour prendre des nouvelles, donner la bénédiction du Seigneur pour la nouvelle année. Les prêtres sont bien accueillis par la majorité des habitants, leurs paroissiens.
A l’occasion on apprend aussi les difficultés de bon voisinage. Quelqu’un m’a montré ainsi un épais dossier déposé par son voisin. Celui-ci l’accusait, faussement, au sujet de leur accès à la propriété.
Combien de fois j’ai entendu des querelles entre voisins, des injures et même les enfants à l’école qui au lieu de jouer s’agressent. La violence et la force font loi.
De temps en temps, on entend parler d’affaires de corruptions provenant même des représentants des gouvernements, des juges, des procureurs en liaison ave les gangs. De la corruption et des vols éhontés aux dimensions mondiales.
Tout simplement le mal, l’injustice, les calomnies…. Se répandent autour de nous.
Quelle est l’attitude de Jésus face au mal ?
Comment nous, les chrétiens devons-nous réagir face au mal ?
Dans l’Evangile d’aujourd’hui Jésus nous dit : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre…
Est-ce possible de mettre en pratique une telle exigence ? Est-ce réaliste ?
Souvent on pense, on juge, que non !
Alors il nous reste la règle : » œil pour œil, dent pour dent ! »
Dans ce cas où en arrivons-nous ?
Apôtre des nations, Saint Paul a raison quand il nous met en garde: »Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! » (Gal 5,15)
Nous savons bien que Jésus a raison. Nous savons qu’il n’a pas seulement édicté ce commandement par des paroles mais surtout par sa vie.
Un autre problème : Est-ce que nous pouvons nous taire face au mal ? Faut il laisser le mal sans punition ? La justice ne suffit-elle pas ? Non ce n’est pas ça ! Nous devons faire la différence : Il faut toujours condamner le mal mais pas l’homme ! Il faut chercher à déraciner le mal mais de tout faire pour aider le pécheur à se remettre sur le bon chemin. Il faut vaincre le mal par le bien !
Dans le combat avec le mal, il faut pardonner aux pécheurs.
Qu’est ce que cela veut dire combattre le mal ?
- pardonner au pécheur ? Ecoutons encore une fois l’Evangile :
- faites du bien à ceux qui vous haïssent
- bénissez ceux qui vous persécutent
- priez pour ceux qui vous diffament
En le formulant autrement : Fais toujours du bien même si quelqu’un te fait du mal. Cela ne signifie pas que tu appelles noir, blanc et blanc, noir.
Ca ne signifie pas qu’il ne faut pas adresser un avertissement ou une admonition pour que la justice se fasse et aussi pour que le tort ou le préjudice, soit réparé.
Nous venons de lire l’histoire très parlante du roi David. Il ne s’est pas vengé alors que le roi Saül le persécutait. Mais nous savons qu’en même temps il a exigé le respect pour lui-même !
Il faut combattre le mal et si nécessaire le faire remarquer, le reprocher.
C’est surtout le devoir des parents qui ne voient pas que leurs enfants font du mal.
Les enseignants, et les pédagogues doivent se comprendre avec les parents. Une collaboration et une compréhension réciproques doit exister entre eux.
Vis-à-vis des politiques et des journalistes, le chrétien ne peut pas dire : si le Christ a demandé que l’on prie pour les persécuteurs, alors liquidons la police, les prisons, le codex pénitentiaire. Non ! toutes les structures sociales doivent exister. Elles combattent le mal. Pardonner au pécheur qu’est ce que cela veut dire alors ?
Je pense que le Pape Jean Paul II nous a indiqué le chemin en rendant visite en prison à Ali Agça, le terroriste qui avait cherché à le tuer.
Il a parlé avec lui, prié avec lui et pour lui, le laissant entre les mains de la justice.
Combattre le mal, ce n’est pas blanchir, ni justifier le mal, ne pas l’expliquer en disant ; parce qu’il devait faire ça, parce que » je devais faire ça »
Combattre le mal c’est exiger que les conséquences des actes mauvais soient réparées.
Bref, que nous devons pardonner mais nous avons le droit et même le devoir de demander réparation du dommage causé.
Le plus bel exemple de pardon c’est Jésus qui nous l’a donné quand il a prié pour ceux qui l’ont crucifié. « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Il ne regarde pas du haut de la croix sur ces gens comme sur des persécuteurs mais comme sur les enfants de son Père qui ont perdu dans leur vie, le chemin qui mène à Dieu.
Quand nous pardonnons à nos prochains, nous devenons semblables à Dieu qui sans cesse nous pardonne nos fautes et nous montre sa miséricorde.
Le Christianisme est une religion du pardon car c’est une religion d’amour. Sans pardon il n’y a pas d’amour.
Être le vrai disciple du Christ, c’est être capable de pardonner.
Il m’a envoyé annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres !